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Prince du Fleuve Congo
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8 août 2006

Bemba : les Kinois sauveront-ils Muana Congo ?

Pour une cause où les intérêts du peuple congolais ne sont pas très lisibles, les conspirateurs internationaux et leurs relais locaux n’ont pas fait dans la dentelle. Avec une hargne et une précision diaboliques, la grosse artillerie a été sortie avec en prime, la neutralisation de celui que les Kinois se plaisent à appeler le père de la démocratie, le Docteur Etienne Tshisekedi. En grand caractères, la mention ‘‘à gérer’’ sur Kashala et Gizenga. Blocage de matériel de propagande, intimidation des compagnies d’aviation, bruits de désistement et de ralliement pour le premier; campagne d’intoxication de payement de la caution de 50.000 USD, d’achat d’une Jeep 4x4 neuve et de réhabilitation d’une maison, pour le second. Comme une traînée de poudre, le bruit avait été répandu que les deux avaient désisté en faveur du candidat de l’AMP (Alliance pour la Majorité Présidentielle). Marquage serré sur Pay Pay avec un Mbusa Nyamuisi étonné de l’importance soudaine lui témoignée par les grandes puissances. Parce qu’il n’y a jamais un sans deux, Thomas Lubanga bénéficiait d’une pensée compatissante avec l’imminent envoi de son compatriote Jean-Pierre Bemba pour lui tenir compagnie dans sa prison internationale.

Nul besoin de décryptage, les signes n’étaient-ils pas bien là, clairs pour tous ? Les incessants va-et-vient des ministres belges, des fonctionnaires onusiens et européens à Kinshasa, les trop démonstratives accolades et délicats mots de l’incontournable Louis Michel et les verdicts avant élections de Georges Serre, le partant Ambassadeur de France, les coups de gueules de W.L. Swing, le tout-puissant représentant du Secrétaire général de l’ONU. Place nette devrait être faite autour d’une personne : Joseph Kabila, l’oiseau rare des occidentaux.

Parce que les choses marchaient si bien, parce que les différents contrats signés rapportaient si gros, parce que tout le monde, à l’exception du peuple congolais, était si content, pourquoi diable ne pas barrer la route à toute remise en question d’un ordre aussi rentable ? Et pour assurer la continuité du business, quoi de plus raffiné qu’une élection stratégique qui donnerait au candidat favori de l’occident la légitimité nécessaire à remplir dûment son rôle de capita médaillé de ce grand bazar colonial du Congo ?

Jamais les Kinois ne s’étaient sentis aussi humiliés et aussi impuissants sous le diktat occidental. Les maîtres du monde qui savent toujours ce qui est bon pour eux, avaient déjà magnanimes, décidé, bien avant les élections, de leur avenir et de son artisan. A l’appel de Tshisekedi, ils ont battus le pavé pour récupérer tant soit peu leur souveraineté et leur dignité. A chaque sortie et à chaque contact avec la très efficace et la très moderne police congolaise, formée par l’Union Européenne, ils ont compté leurs morts et leurs blessés.

Du Congo profond, un appel leur est parvenu de la part de celui qui aime s’appeler Muana Congo, Jean-Pierre Bemba. Le Chairman les engageait à parcourir le Congo et à dire à tous les Congolais que le Congo était leur terre et qu’il ne permettra jamais qu’un seul morceau de son territoire soit bradé. Un tel message, tombant à un moment où la Gécamines, les cours d’eaux, les jardins botaniques et zoologiques et les cours d’écoles se faisaient bazarder dans une course effrénée à l’enrichissement rapide, ne pouvait qu’être capté cinq sur cinq.

Après s’être réconcilié avec les Kinois lors de sa visite à l’Archbishop Kutino à la prison de Makala, le Chairman venait ainsi de se faire une place dans les cœurs des habitants de la capitale. Au retour de sa campagne électoral, l’homme a eu du mal à contrôler son émotion en face de la marée humaine qui l’attendait à sa descente d’avion à l’Aéroport de N’djili, jeudi 27 juillet 2006.

« Makolo ! Makolo ! (A pied ! A pied !)». Et pour lui ouvrir la porte du très fermé club d’authentiques leaders Congolais, l’ordre lui fit donner de faire le déplacement, de l’Aéroport au Stade Tata Raphaël où il devait tenir son meeting, à pied. Ce qu’il fit au milieu d’un bain de foule impressionnant, qui jusque-là, n’a été réservé qu’au seul inusable Tshisekedi.

Dans un stade Tata Raphaël plein comme un œuf, bemba a peiné à contenir ses larmes. Il a promis de fort bonnes choses aux Kinois ce jour-là pour obtenir leur suffrage. Comme c’est le peuple qui fait le leader, ces derniers lui ont dit ne pas avoir besoin d’élection, car pour eux, il était déjà leur président. Le Chairman a néanmoins insisté et réussi à les convaincre d’aller formaliser le choix dans l’urne.

Le choix des Kinois sur Jean-Pierre Bemba n’était pas sans conditions. Priorité des priorités, la sécurité qu’ils attendent de lui par la neutralisation, entre autres, des Interamwe qui continuent, 12 ans après leur entrée au Congo, à semer la désolation au Kivu avec des armes neuves fournies par certains réseaux au pouvoir à Kinshasa. Pour dire qu’ils avaient faim, les Kinois ont montré à Bemba leur ventre. Et pour montrer que leur soutien allait au-delà de simples besoins primaires, ils ont abattu toutes leurs cartes et exigé au lendemain de la confirmation de l’élection du Chairman que Ya Tshitshi (Tshisekedi) soit premier ministre, qu’Eddy Kapend, accusé et détenu injustement, selon eux, dans le cadre de l’assassinat de Mzee Kabila, soit libéré, que l’Archbishop Kutino soit aussi libéré et que Défao, le célèbre chanteur Congolais, regagne enfin son pays.

Le Chairman qui levait le pouce à chaque demande en signe d’acquiescement, ne voyait tout de même pas très bien en quoi son élection devrait faciliter le retour de Défao. Il s’est fait expliquer la raison par tout un stade mimant le maniement d’un volant de voiture. Défao, aux dires de ces Kinois souvent très bien informés on ne sait pas très bien comment, aurait été tenu volontairement en exil forcé à Dar Es Sallam par le président congolais sortant qui aurait été le chauffeur de taxi prisé du chanteur en Tanzanie.

Dimanche 30 juillet, les Kinois ont tenu leurs promesses en votant massivement Bemba et en disant aux congolais de l’arrière-pays de suivre leur exemple. Ils attendent que Bemba respecte à son tour les termes de leur alliance. Mais pour y arriver, le Chairman a encore besoin d’eux, car le vote du 30 juillet n’est perçu par la communauté internationale que comme une simple formalité, car le schéma du départ n’a jamais changé. Il est exclu que le président congolais élu soit quelqu’un d’autre que Kabila. Il ne peut surtout pas être Bemba. Pendant que les observateurs avertis et les diplomates de bonne foi, en présence des données objectives, concluent à inéluctabilité d’un deuxième tour, les ambassadeurs de grandes puissances, les journaux occidentaux et la direction de la Commission Electorale Indépendanteont déjà trouvé 55 % des votes au président sortant pour une victoire au premier tour.

Il ne reste qu’à faire cocher plus d’une fois, brûler et jeter quelques bulletins et quelques procès-verbaux, quitte à faire du remplissage et d’opérer des réajustements au profit du candidat d’avance désigné, et la boucle sera bouclée. Chaque chose en son temps. Pour calmer la colère des Kinois, on pourra toujours leur jeter la poudre aux yeux en accordant, dans un premier temps au Chairman, le poste de premier ministre, pour l’envoyer six mois après à La Haye, le seul endroit où les maîtres du monde veulent voir Bemba pendant les quinze prochaines années.

Implacable, la machination poursuit son bonhomme de chemin. Pour ne pas être de l’étoffe dont on tricote les marionnettes, un autre leader est en train d’être neutralisé dans une démarche hypocrite qui se pare du répugnant semblant d’une justice sélective et stratégique. 

La seule question qui reste est maintenant est de savoir si les Kinois se laisseront encore faire, ou si cette fois-ci, ils sauront sauver Muana Congo.

Anthony Katombe

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