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Prince du Fleuve Congo
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19 juin 2006

Galvaudage lexical : Suite.

Nous poursuivons l’étude du galvaudage lexical, ce nouveau filon congolais qui consiste à altérer le sens des mots, d’en abuser, de les utiliser dans un contexte tout à fait inapproprié, en dénigrant les adversaires politiques et ou économiques, et en cirant les pompes des dirigeants congolais, pour en contrepartie se remplir les poches de billets de banque ou se faire signer toutes sortes de contrats, ou alors se faire payer la facture de la guerre injuste imposée au Congo de 1996 à nos jours.

Dans la première partie de cette étude, nous avons soutenu que la grande partie de galvaudeurs se recrute parmi le personnel diplomatique de l’occident, auquel il faut ajouter les hauts fonctionnaires de l’ONU.

Tenez, les diplomates occidentaux et les hauts fonctionnaires de l’ONU dont on ne compte plus les va et vient à Kinshasa, nous rabattent les oreilles tout le temps avec leur phrase fétiche : ‘‘Les Congolais vont maintenant organiser pour la première fois de leur histoire les élections libres, démocratiques, transparentes, crédibles, et inclusives’’. Nos enfants qui sont à l’école primaire et qui ont appris que le Congo a organisé ses premières élections en 1960, élections qui ont fait de Lumumba le premier Premier Ministre et de Kasavubu le premier Président du pays, ne comprennent rien à ce que racontent, pince sans rire, ces messieurs en veste et cravate. Nos enfants se souviennent aussi que le Congo a encore organisé des élections tout ce qu’il y a de plus démocratiques en 1964, élections qui virent la victoire de la coalition de Moïse Tshombe.   

Ils parlent d’élections libres alors que les journalistes se font arrêter et bastonner comme des malfrats et que des chaînes de télévision se font suspendre à tour de bras, à chaque fois qu’est abordée une question qui fâche un certain candidat que tout l’occident officiel chouchoute comme la prunelle de leurs yeux. L’illustration la plus révoltante est la Radio-Télé Message de Vie, qui a été réduite au silence, non par la toute puissante Haute Autorité des Médias, mais plutôt par nous dit-on, les services spéciaux de la police, sans le moindre commentaire de ces donneurs de leçons d’outre-atlantique. 

Ils parlent d’élections libres alors que leurs protégés à Kinshasa arrêtent les opposants quand ça leur chante et les mettent en résidence surveillée quand ils se réveillent du pied gauche. Ils parlent d’élections libres tout en nous imposant des sujets de campagne. Ils ne voudraient pas qu’après deux agressions étrangères des pays limitrophes dont ils se sont servis pour nous démembrer, après que nous ayons eu des ministres, des officiers généraux étrangers ruandais, ougandais, burundais, nous ne puissions pas questionner la nationalité du personnel politique qui courtise notre suffrage. Ils nous obligent à focaliser notre campagne sur l’idéologie politique, le projet de société, le programme de gouvernement, la bonne  gouvernance, tout en restreignant notre choix entre ceux qui ont plongé ce pays dans le gouffre sous Mobutu et ceux dont ils se sont servis pour l’endeuiller et le piller de manière inconsidérée et inégalée dans l’histoire de l’humanité.

Ils parlent d’élections démocratiques sans que le peuple qui est appelé à voter soit recensé et identifié scientifiquement comme cela ce fait ailleurs. Ils impressionnent leur opinion publique avec le chiffre de 25 millions d’enrôlés, sans leur dire le nombre d’étrangers – plus de 50.000 – qui se sont fait enrôler dans la seule ville de Kinshasa et le nombre des congolais sur toute l’étendue du pays. Quand ils parlent du référendum du 18 décembre 2005, ils se félicitent d’une participation massive et oublient de préciser à leur opinion publique que 10.000.000 des congolais sur le 25.000.000 enrôlés ont préféré rester chez eux, et que plus de 2.000.000 ont voté contre la constitution qui leur était proposée, alors que Tonton Loulou et la très généreuse Union Européenne leur offraient la perspective de participer aux premières élections de leur vie.

Ils parlent d’élections transparentes et crédibles alors que Carlo de Filipi, relaie dans son rapport du 30 mai 2006, la conviction des congolais selon laquelle ces élections ne sont qu’une formalité, les diplomates occidentaux et les ministres belges en particulier, montrant sans s’en cacher le candidat sur lequel ils ont déjà jeté leur dévolu.

En ce moment même, dans les coulisses de la grande conférence sur les droits de l’homme à Genève, les collaborateurs de Annan ne prédisent-ils pas déjà, devant des Congolais pantois, la victoire du candidat Kabila ? Quand la brochette d’opposants, dont un représentant du fameux groupe de pression Bana Congo, leur rétorquent que ‘‘c'est le peuple qui va décider...Or le peuple ne veut pas  automatiquement de Joseph...’’, ils rigolent et disent que ‘‘tout est déjà décidé comme en Irak et au Togo...On va laisser les gens aller voter, mais le résultat qui sera annoncé est bien Joseph gagnant...’’ Leur seul souci est qu'il y ait des troubles après les élections à cause de Bemba et Ruberwa car ‘‘ces deux-là ne voudront pas rentrer bredouille dans leurs bases- arrière...’’ Mais la situation est dite sous contrôle car ‘‘les soldats qui débarquent en ce moment sont là pour mater les deux vice-Présidents qui chercherons des embrouilles’’. Pour eux, ils disent que le peuple en fait se fout de la politique, lui ce qu'il veut c'est manger à sa faim, avoir du travail et la paix...Et le pire c'est quand ils disent qu'il n'y a plus de guerre au Congo....Insécurité, oui (causée par des gens qui ont faim), mais plus de guerre.

Comment des élections qui limitent le choix des congolais à ceux dont le CIAT, l’œil de la nébuleuse communauté internationale au pays, la presse occidentale et l’opinion publique congolaise ont dénoncé et démontré plus d’une fois l’incompétence et la mégestion,  peuvent-elles être crédibles ? Comment les élections dont le président de la commission qui les organise et ceux qui la financent ne s’embarrassent pas du devoir d’impartialité au point d’avoir battu campagne pour le ‘‘oui’’ au référendum constitutionnel peuvent-elles inspirer confiance ?

Ces élections dont l’ordre de déroulement arrêté à Sun City a été inversé, dans le souci de voir le candidat de la main qui donne contrôler toute la suite des scrutins, selon les appréhensions de l’opinion congolaise, appréhensions partagées par Carlo de Filipi, ces élections dont le calendrier complet est rendu public par l’éternel envoyé spécial de l’Union Européenne dans les grands lacs depuis Bruxelles, sont, pour les Congolais avertis, tout ce qu’on veut, mais pas crédibles.

La où ces amateurs de safaris tropicaux font très fort, c’est quand ils parlent, sérieux comme le pape, d’élections inclusives. Pour éviter tout malentendu, ils reçoivent Tshisekedi, quand ils ne vont pas carrément à Limete. Novembre 2005, De la Sablière a réussi sans grande peine à endormir Limete avec sa trouvaille de ‘‘personne ne doit s’exclure et personne ne doit exclure…’’. Juin 2006, il revient avec le même refrain d’inclusivité, soutient que l’initiative du dialogue pour notamment réaliser cette inclusion  revient aux Congolais et qu’il n’y trouve aucun inconvénient si ce dialogue ne repousse pas la date de la tenue des élections fixée au 30 juillet. Traduction : il n’y aura pas de seconde chance pour l’UDPS qui a eu le culot, sans armes, de questionner un processus électoral monté par les soi-disant bienfaiteurs européens.

Annan l’Africain qui était pourtant très attendu, est aussi venu parler d’élections inclusives et porteuses de paix  au Congo, mais en ‘‘respectant les règles du jeu’’. L’homme est reparti comme il était venu, car les règles qu’il voulait voir respecter étaient violées depuis le début par les faux ennemis du 1+4. Pour se persuader de représenter encore quelque chose, le numéro un du budgétivore machin international a voulu se montrer ferme envers cet opposant historique sans armes. Après tout, ne lui a-t-il pas été peint par son représentant spécial comme grabataire, aveugle, sourd et à l’article de la mort ?   

Qu’importe si les élections ne sont pas tenues au 30 juillet 2006. Ne sera-t-on pas déjà au cinquième calendrier et à la quatrième prolongation de la transition ?  Qu’importe si Kinshasa, les deux Kasaï, le Bas-Congo,… se disent non concernés par les résultats des urnes. La force de l’UE dont l’Allemand Commandant en Chef nous menace déjà de l’arme létale n’est-elle pas là pour mater les contestataires et leur imposer le président élu librement, démocratiquement, en toute transparence, crédibilité et inclusivité ? Qu’importe si le pays prend feu de partout. Les organismes du système de l’ONU ne seront-ils pas assurés de continuer à déployer leurs activités humanitaires dans ce continent des pays grâce aux contributions de la généreuse Amérique ? Les fortunes européennes n’auront pas là la chance de continuer ces affaires juteuses avec un pouvoir qui leur devra absolument tout ?    

A SUIVRE…

Anthony Katombe

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